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dimanche 8 mai 2016

LAUREN MALKA : Les journalistes se slashent pour mourir



La presse face au défi numérique

Cet essai fait partie d'une nouvelle collection chez Robert Laffont, autour des mythes. Elle rend hommage à Roland Barthes. C'est selon moi une excellente idée d'interroger les mythes d'hier pour mieux comprendre notre époque, lui donné un sens.

Lauren a grandi avec le grand mythe du journaliste, celui d'antan de son père et de son oncle. Et aussi dans le fantasme que suscite le métier de journaliste, les grands reporters comme Kessel, Albert Londres. Aujourd'hui  le métier de journaliste est  le plus détesté, déconsidéré.
Est ce que l'arrivée d'internet a-t-il tué le journalisme ?
C'est la question qui est posée dans cet essai très personnel.  La forme choisit par Lauren Malka est très intéressante et originale, le dialogue entre un étudiant en journalisme et un historien par le biais de lettres.

 Avec l'arrivée du numérique, le journalisme vit des bouleversements profonds. Faire simple, faire court et, de préférence, tel semble être les nouvelles règles du  journaliste à l'heure actuelle. 
Écrire pour le Web en employant des algorithmes suivant l'actualité surtout celle qui fait du "Buzz" sur Google. Les journalistes travaillent avec les spécialistes du marketing qui font la loi sur le journalisme. "Une fois par semaine,  on nous impose une réunion animée par des consultants du Web pour optimiser nos "contenus" et notre façon de travailler avec Internet. Ces consultants sont hyper nombreux, une vraie armée, ils se baladent avec des grands sourires, des visages carrés des costards bleu marine."

 Personnellement je trouve que nous sommes envahis par l'information, toujours les mêmes discours qui reviennent. De  ce faite j'ai envie de me détacher de l'actualité pour faire ma propre opinion et non pas être influençable par les médias. Pour ma part, je trouve le chapitre "Tous journalistes" très intéressant  " Pour rester moderne dynamique et tournée vers l'extérieur, la rédaction d'un site d'information doit s'ouvrir aux profils non journalistiques et l'assumer". 
La grande réussite est d'avoir questionné le passé pour mieux comprendre le présent et ses nouvelles technologies.  Cet un excellent essai, très bien écrit, très clair aussi. Il questionne et fait réfléchir le lecteur, de ce point de vue cet essai est bien réussis. J'ai vraiment pris un grand plaisir à lire cet essai très agréable, voir passionnant. Lauren maîtrise bien son sujet, elle a déposé tous ses doutes et  ses interrogations, sa vision concernant le métier de journaliste. Dans cet essai, elle a regroupé le passé l'historien, le présent et le futur avec une très belle conclusion qui fait écho à son joli billet intitulé : Pour qui sonne le Carillon ? C'est pour toi qu'il sonne . Il n'y a pas de rejet du net mais une continuité, il faut tout simplement  accepter le net,  son nouveau langage  et ses codes pour retrouvé une ouverture, une liberté de ton oubliée.
Le point très positif de l'essai de Lauren est véritablement dans l'ère du temps. Car, dans un numéro de Polonium (sur Paris Première), un débat a eu lieu sur le métier de journaliste. Le débat était intitulé  : Média, Pourquoi n'a ton plus confiance ? Ce débat posait les mêmes question que Lauren et en conclusion la même note d'espoir. 



En prolongement au livre de Lauren j'ai vu l'excellent documentaire " Les gens du monde. Ce documentaire illustre à merveille le livre de Lauren, il le complète bien.
Il permet de mieux comprendre cet univers qui m'est inconnue.


Dans ce documentaire, l'on suit sur le terrain et à la rédaction, des journalistes du Monde du service politique pendant cinq mois durant la campagne présidentielle de 2012.


Ce documentaire montre bien qu'il faut réagir vite à l'information, il faut s'avoir anticiper. Il faut se moderniser se mettre aux nouvelles technologies : les blogs, le web, tout va très vite avec le tweet. Son réfractaire à ses nouvelles technologies, des journalistes déjà installés dans le métier depuis de nombreuses années comme Ariane Chemin. Elle ne se sent pas à l'aise avec le tweet contrairement à son jeune collègue Thomas qui lui est comme un poisson dans l'eau avec ses tweets. Il faut absolument que sur le site du journal le Monde, arriver en premier, l'audience est primordiale, consulter tous les jours Google Analytique. 
Aussi, il est question de recruter des non journalistes, de recruter d'une autre façon de montrer que tout le monde peut-être journaliste. Une jeune fille vient tout juste d'être recrutée, elle assiste à une réunion collective. Entre culot et naïveté, elle pose la question : "Mais à quoi ça sert ? ". Durant, cette grande réunion en pleine campagne présidentielle, il est question de savoir pour qui le  Monde soutient (Hollande ou Sarkozy). C'est une posture que le journal le Monde se donne traditionnellement. Pour la majorité des journalistes présents à la réunion, le Monde est avant tout un site plus qu'un journal et c'est évidement un média d'influence et de référence par tradition aussi. 

L'intérêt du de ce documentaire est double selon moi, je l'ai vu une première fois où je me suis attachée uniquement au traitement de la campagne présidentielle. Je l'ai revu après avoir lu le l'essai de Lauren et j'ai fait plus attention au traitement de l'actualité et de l'information. 

1 commentaire:

guyom a dit…

A ce sujet, il y a aussi le blog de Frédéric Filloux (ex-Libé, ex-les Echos) : https://mondaynote.com/ mais c'est en anglais. Il y décrypte comment la presse doit s'adapter aux défis du numérique : comment formuler un titre pour qu'il suscite un tweet ? quels mots employer pour remonter efficacement dans Google ?
Des questions qui dessinent un nouveau journalisme pour lequel l'audience est un combat de chaque instant.
Encore une profession profondément déboussolée par "la révolution numérique"...