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vendredi 7 janvier 2011

LES POÈTES RUSSES DU XXième SIÈCLE

Présentation et choix de Jean-Baptiste Para

Je vous présente aujourd'hui un petit tour d'horizon de la poésie russe avec
Blok, Akhmatova, Mandelstam, Tsvétaïéva, Brodsky...
Ces cinq poètes représentent à eux seuls la moitié de la poésie russe du XXe siècle. Cet intitulé, emprunté à un vers d’Alexandre Blok 

« L’horizon est en feu »


Ce recueil, qui se présente comme un parcours foudroyant , capte en effet l’énergie désespérée, mais portée à sa plus haute intensité, de poètes jetés dans une tourmente historique d’une ampleur jusque-là inconnue. Cinq créateurs singuliers risquent ainsi leur parole et leur vie : la poésie n’étant pas ici un jeu formel, un ornement ou une coquetterie, mais un choix existentiel, à bien des égards cruel, voire fatal. La plume est pour ces poètes une arme de combat, le seul choix qui leur est proposé.

Alexandre Blok né à à Saint-Pétersbourg le 28 novembre 1880 et mort le 7 août 1921 dans la même ville. Il est issu d'un milieu très cultivé, il rédige ses premiers poèmes dès l’âge de 5 ans. En 1903, Blok épouse Lyuba Mendeleeva,au physique de gitane rousse.
Alexandre Blok d'Italie au printemps 1909, il dit de son pays : " Ma malheureuse et misérable Russie, avec son gouvernement grotesque, son intelligentsia puérile, comme je la mépriserai si je n'étais par russe .. Je ne cesse de penser avec angoisse à ce qui se passe en Russie que l'on voit à l'œil nu n'est pas la Russie. Derrière le spectacle de ce monde terrible " il entrevoir un autre visage de son pays. Il en rassemble les traits épars et se forge une image de sa terre natale comme "entité lyrique". Mais aussi, il pressent l'approche de la tempête et l'appelle de ses vœux."
La révolte est intérieur chez Blok, c'est un visionnaire. Mais face aux errances du pouvoir, il préfère s’écarter des nouveaux hommes forts de Russie. Ce dénigrement lui vaudra de ne jamais voir aboutir sa demande de passeport pour se rendre à l’étranger afin de se soigner. Blok meurt prématurément le 7 août 1921, terrassé par la maladie. Considéré par beaucoup comme l’égal de Pouchkine, il est le chef de file de l’école symboliste, il cherche à faire sentir l’invisible et l’abstrait accessible à travers l’intonation et le son des mots. L’Amour et l’Eternel féminin sont les deux thèmes majeurs qui dominent toute l’œuvre du poète avant que celui-ci n’offre à la révolution son plus beau poème : Les Douze.

Anna Akhmatova : 23 juin 1889 – 5 mars 1966 est une des plus importantes poétesses russes du XXe siècle. Elle était née Anna Gorenko, son père a absolument voulu qu'elle prenne un pseudonyme, elle pris son nom de poète sur celui d'un ancêtre maternel, le dernier khan de la Horde d'or, descendant de Gengis Khan. Son œuvre se compose aussi bien de petits poèmes lyriques (limpide, légèreté, sa retenue), Requiem est son chef-d'œuvre sur la terreur stalinienne. Les thèmes récurrents de son œuvre sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et pour écrire dans l'ombre du stalinisme. La poésie était pour elle une question de précision " Il faut, disait-elle, que dans le vers chaque mot soit à la place, comme comme s'il y était déjà depuis mille ans, mais que le lecteur l'entende pour la première fois. C'est très difficile, mais quand on y parvient, les gens disent : " C'est de moi, qu'il s'agit .C'est comme si c'était moi qui l'avais écrit."
Ossip Mandelstam est un poète et essayiste russe du XXe siècle (Varsovie, 15 janvier 1891 – Vladivostok, 27 décembre 1938).
Il est issu d'une famille de commerçants juifs.Il fait ses études dans le meilleurs établissement de Saint Pétersbourg. Il fait un séjour à Paris et à son retour ilest l'un des principaux représentants de l'acméisme. Pour lui la principale capacité d'émerveillement du est la principale vertu du poète. " La logique est le royaume de l'inattendu. Penser logiquement signifie s'étonner sans cesse.'" Sa poésie s'inscrit à la fois dans le temps et hors du temps. Il ne met pas seulement l'accent sur la matière sonore du poème, mais aussi sur son architecture et sur le sens qui est chez lui extraordinaire densité et dans lequel se superposent de multiples strates de la mémoire : mémoire personnelle , mais plus encore la mémoire de l'humanité. " Le grand thème de sa poésie est l'exil.
 Marina Tsvétaïéva née à Moscou le 26 septembre 1892 et morte à Ielabouga le 31 août 1941. Son œuvre ne fut pas appréciée par le régime soviétique. La poésie de Tsvetaïeva vient du plus profond de sa personnalité, de son excentricité, et de son usage très précis de la langue. Elle a eu une enfance troublée. Son père, Ivan Vladimirovitch Tsvetaïev, fonde le musée Alexandre III( Musée des beaux-arts Pouchkine). Sa mère est une pianiste qui a dû renoncer à une carrière de concertiste. Marina Tsvetaïeva rencontre Sergueï Efron, un élève officier à l'Académie militaire. Elle a 19 ans, et lui 18. L'amour de Marina Tsvetaïeva pour Efron ne l'empêche pas d'avoir des relations avec d'autres comme Ossip Mandelstam. Séparation de cinq ans pour Marina et Sergueï, elle le rejoint en exil à Prague puis en France dans la région parisienne cela pendant dix-sept ans.
" Existence précaire, on n'a pas non plus de quoi acheter de la viande, si ce n'est du cheval, et encore, seulement des bas morceaux, du cœur, du foie, des rognons." Ils ont deux enfants en tout cas Alia et Mour. Elle est distance en France avec les autres expatriés comme elle, elle se retrouve assez seul. " Ces émigrés dit-elle, vivent dans le passé ranci du samovar et de blinis, non pas un passé historique, mais le leur viscéral, gustatif, possessif, petit-bourgeois, dont je donnerai pas un sou..." Il vive de rien Sergueï essaye de gagner sa vie dans les studios de cinématographie comme figurant. Mais pour elle retourner en Russie c'est impossible ; " Tout me refoule vers la Russie, où je ne peux pas aller. Ici je suis inutile, là-bas, impossible." Elle a écrit un poésie ardente qui traverse la ligne de feu de son temps , tout en fixant du regard qui prend nom d'absolu.
En 1932, elle écrit Mon frère féminin, recopié et corrigé en 1934. Ce texte est une réponse au livre de Natalie Clifford Barney, Pensées d'une Amazone (1918). Elle y parle de l'amour des femmes entre elles et du désir d'avoir un enfant. Mon frère féminin se veut dit la quatrième de couverture comme l'un des plus beaux textes lesbiens à ce jour et elle a écrit directement en français. Mon ressenti après avoir refermé ce court texte. Est ce que j'ai tout saisi ou non de la substance de ce texte magnifique. "- Les amants n'ont pas d'enfants." Oui, mais ils meurent. Tous. Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, l'Amazone et Achille, Siegfried et Brunhild (ces amants en puissance, ces désunis-unis, dont la désunion amoureuse l'emporte sur l'union la plus complète ...). Et d'autres ... Et d'autres ... De tous chants, de tous temps, de tous lieux ...Ils n'ont pas le temps pour l'avenir qu'est l'enfant, ils n'ont pas d'enfant parce qu'ils n'ont pas d'avenir, ils n'ont que le présent qu'est leur amour et leur mort toujours présente."" L'amour de par lui-même est l'enfance. Les amants sont des enfants. Les enfants n'ont point d'enfants."
Joseph Brodsky est issu d'une famille juive russe démunie de Léningrad né en mai 1940. Il intègre les cercles littéraires d'Union des républiques socialistes soviétiques et fréquente entre autres Chostakovitch,et Anna Akhmatova. Impressionnée par la force de ses premiers textes, cette dernière le pousse à continuer dans cette voie. Bien que populaire, il est arrêté en 1964 et condamné pour « parasitisme social » à cinq ans de travaux forcés dans la région d'Arkhangelsk. Libéré un an plus tard, il est constamment surveillé, il est expulsé d'URSS en juin 1972. Après un bref séjour à Vienne où il est accueilli par W. H. Auden, il s'établit aux États-Unis. Dans son discours de réception du Nobel en 1987, l'auteur mentionne 4 noms comme influences déterminantes pour ses travaux : Akhmatova, Auden, Marina Tsvetaïeva.

"Brodsky n'a jamais voulu céder la moindre place à la nostalgie. Ce n'était pas seulement une question d'orgueil ou de force d'âme. C'était peut-être une question d'éducation, la leçon jamais oubliée du Nord et du froid : " Le froid m'a élevé, il a glissé la plume / entre mes doigts, pour que serrés ils se réchauffent." C'était aussi la conviction que de toute manière, " un grand poète vous fait toujours parler une autre langue
"...

Semaine Russe Organisée par Cryssilda et Emma

6 commentaires:

Allie a dit…

J'aime beaucoup la littérature russe que je découvre depuis quelques années. Toutefois, je n'avais jamais pensé me pencher sur la poésie russe. Je lis peu de poésie mais ce petit livre m'interpelle. Je vais tenter de mettre la main dessus.

Karine:) a dit…

Dans "Le roman de St-Petersbourg" que j'ai lu cette semaine, on parle aussi de certains poètes russes. Blok, entre autres. Ca m'a aussi donné le goût de les découvrir.

CARMADOU a dit…

Il y a un très beau roman de Robert Littell l'hirondelle avant l'orage" consacré à Robert Mandelstam... un petit aperçu de la terreur stalinienne.

Malice a dit…

@ Allie : Je ne suis pas une grande lectrice de poésie. Mais elle a une place très importante dans la littérature russe. Marina Tsvetaïeva est en quelque sorte la star de la poésie russe puis sa correspondance à trois : Rainer Maria Rilke , Boris Pasternak , Marina Tsvétaïeva (collection l'imaginaire chez Gallimard) J'ai toujours un peu louché dessus mais sans franchit le pas.
@ Karine :) : Ce livre que tu as présenté " le roman de St Petersbourg" c'est une excellente idée et originale. Nina Berberova a écrit un livre sur ce poète !
Oui en effet cela donne des pistes pour aller voir, aller explorer d'autres horizons ...
@Carmadou : Merci pour ce conseil de lecture sûrement très intéressant.

Purple Velvet a dit…

Je vais surement me laisser tenter par ce livre, je connais surtout Essenine et Maïakovski, il est temps de me diversifier, merci du tuyau!

Malice a dit…

@ De rien !